Un rayon de soleil passe la porte d'une maison. Rayon qui illumine la pièce et nous rend heureux. Il nous influence, nous réchauffe le c½ur.
Ici et maintenant, le rayon de soleil s'appelle Leïla : ma fille. Et il a 6 ans.
*
Elle pose son sac dans l'entrée et me saute au cou. Ses cheveux châtains me caressent le nez, et je sens une odeur de vanille. Je l'embrasse. C'est ma fierté et la raison pour laquelle je me lève chaque matin. Sans elle, je ne serais rien. Elle me fixe de ses yeux gris vert. Mes yeux. Il manque une dent à son sourire d'ange. Ses petites mains lâchent mes épaules, tandis qu'un deuxième rayon de soleil rentre dans la pièce. Le deuxième moi : ma femme, Anna.
Elle me sourit tandis que notre fille déballe son sac, pour commencer ses devoirs devant nous. Ma femme, qui m'a sauvé d'une sombre époque de ma vie, qui m'a soutenu dans tout ce que j'ai toujours fait. Quand je l'ai vue pour la première fois, j'ai su que c'était elle. C'est bizarre. On s'est croisé dans un café, et quand je suis parti, une sensation étrange s'est emparé de moi : j'avais l'impression d'avoir laissé passé la femme de ma vie. Ça peut paraître tellement bête comme ça, et je suis retourné dans ce café, elle n'y était plus. J'ai marché 2 minutes, et elle m'attendait, à l'endroit où j'avais fait demi-tour. Depuis, on ne s'est pas séparé. Il faut croire que se sont des choses qui arrivent.
*
J'aide Leïla à faire ses devoirs sous l'½il attendrit de sa mère. Ça me rappelle une époque lointaine, quand j'habitais encore dans cette petite ville sombre d'Allemagne. Je frisonne, j'ai tiré un trait sur mon passé depuis longtemps. Nous trois partageons ensemble un moment privilégié, et aujourd'hui j'ai ce que j'ai toujours voulu. Je ne changerais pour rien au monde ce moment. Ce qu'il y a autour de nous, nous l'avons construit. J'ai fais tellement d'erreurs dans le passé, je regrette tellement de choses. Mais j'ai appris à vivre avec.
- Chéri ?
Une voix me tire de ma rêverie, je relève la tête.
- Tu penses encore à ça pas vrai ? Elle soupire.
- Désolé. Je murmure, elle embrasse mon front et part.
Elle n'aime pas que je pense au passé, elle sait que ça me fait mal. Parfois, je me demande, où je serais, si ce jour je n'avais pas fait demi tour... On se demande tous des petites choses comme ça, en ponctuant nos souvenirs, nos regrets, et nos désirs de « si ». Je regarde autour de moi, je perçois le frigo de notre cuisine, des dessins le parsèment. Le cliché habituel qui veut que l'enfant dessine sa maison, ses parents et son chien n'existe pas dans cette maison. Les dessins de notre fille sont mystérieux et ont toujours un double sens. Un jour je lui ai demandé de dessiner ce qu'elle trouvait de plus beau au monde, et elle m'a tendu une feuille noire.
On s'est demandé si elle avait un problème, et quand je lui ai demandé le pourquoi de ce dessin, elle m'a répondu : « C'est la nuit papa. Quand il fait tout noir, c'est tout le temps là qu'il y a les plus belles choses. Quand on rêve. Parce que il nous arrive pleins d'aventures. Et tu sais, et bien, quand il nous arrive des choses horribles. On n'a qu'à se réveiller. C'est pour ça que c'est ce qu'il y a de plus beau papa... ». Je crois qu'elle tient cette créativité de moi, l'intelligence doit venir de sa mère. J'aime beaucoup parler avec elle, j'aime quand elle ouvre grand ses yeux pour m'écouter, ou quand elle trouve toujours la petite chose, que nous adultes, ne voyons plus. Quand je l'ai vue, pour la première fois, je me suis jurée que jamais, je ne lui laisserais faire les erreurs que j'ai faites.
*
Je rejoins Anna dans la cuisine. Je pose mes mains sur ses hanches, et pose ma tête sur son épaule, j'embrasse son cou tendrement. Je la sent qui ferme les yeux et sourit. Je lui glisse quelques mots d'amour à l'oreille et l'embrasse tendrement. Puis j'appelle Leïla pour mettre la table. La télévision de la cuisine qui diffuse les informations ponctue le repas. Anna et moi trouvons ça important que tout le monde ici ai conscience de ce qui se passe en dehors de notre petit cocon familial. Sans choquer bien sûr. Mes gestes se figent quand la femme qui présente la météo nous rappelle la date d'aujourd'hui : 13 Décembre 2021. Ça fait 10 ans aujourd'hui. J'avais 24 ans, il en avait 22.
« Aujourd'hui, triste, anniversaire. En effet, 10 ans plus tôt, jour pour jour [...] » Commence à annoncer la présentatrice. Mon c½ur se met à battre à la chamade, j'attrape d'un geste vif la télécommande, et change de chaîne. Les dessins animés qui s'affichent à l'écran font jubiler Leïla. Anna me regarde subitement, d'abord dans l'incompréhension. Puis son regard devit sur le calendrier, elle soupire tristement et me regarde. Je baisse les yeux et ramène mes longs cheveux en arrière. Mes yeux se relèvent sur le frigo et ses dessins, avec des formes, et un prénom qui revient toujours, la signature de notre fille.
Elle signe d'un prénom d'homme, et qui l'inspire nous dit-elle. Un prénom qu'elle trouve beau, et qui la fait rêver. Un jour elle a signé comme ça, et je lui ai demandé pourquoi. « J'ai rêvé de ce prénom, papa », m'a-t-elle dit. Sa première signature, était sur le dessin noir. Je ne m'en suis aperçu qu'après, mais en bas à droite, en blanc, comme si le dessin avait été construit sur ça, s'affichait fièrement ce prénom : « Bill ». Je ne vous décris pas le choc, quand j'ai vu ce prénom écrit, sur cette feuille. J'ai voulu déchirer ce dessin, et quand j'ai vu le regard de ma fille, rempli d'étoiles, j'ai tenté de la comprendre. Mais elle n'a jamais voulu reparler de ce rêve.
*
Ce soir, c'est moi qui la couche, après son histoire préférée, je la chatouille quelques peu, l'embrasse puis lui souhaite une bonne nuit. Je me lève et, à peine ais-je éteints la lumière qu'une petite voix se fait entendre.
- Papa ?
Je rallume la lumière.
- Non, Papa éteints, s'il te plaît. Je veux juste te parler, dans le noir. Elle sanglote.
J'éteints la lumière puis m'assois sur son lit et la prends dans mes bras, je la berce quelques instants et lui demande ce qu'il y a.
- C'est à cause de l'école Papa.
- A cause de l'école ? Je demande surpris.
- Oui, j'aime pas les gens qui sont là-bas. Avant ils étaient gentils, mais je les aime plus, mais je reste avec eux quand même.
Mon c½ur fait un bon dans ma poitrine.
- Pourquoi tu ne les aimes pas mon c½ur ?
- Ils pensent pas comme moi, et ils font n'importe quoi. Ils embêtent les autres gens.
- Et pourquoi tu restes avec eux ?
- Parce que j'ai pas envie d'être toute seule, j'ai peur. Et puis, eux ils m'aiment bien, papa.
- Tu n'as pas envie qu'ils soient tristes si tu pars, c'est ça ?
Je l'entends acquiescer dans le noir. Je ferme les yeux et soupire. Mon dieu comme je la comprend. Comme j'ai vécu ce qu'elle vit... Elle se remet à pleurer, et mes yeux s'embuent à leur tour. Il fallait que ça lui arrive un jour où l'autre. Ça nous arrive à tous un jour ou l'autre. Je la serre dans mes bras et nous restons un petit moment comme ça.
- Je crois qu'il faut que je te raconte quelque chose, tu ne diras rien à Maman, se sera notre petit secret à nous, d'accord ?
A travers deux petits sanglots, je l'entends murmurer un faible « D'accord ». Je respire un bon coup, et me lance.
- Tu sais comment j'ai rencontré Maman ?
- Non.
- C'était quelques jours après qu'il me soit arrivé quelque chose d'horrible, auquel je pense encore aujourd'hui. J'étais dans un café, et j'ai bousculé une femme, elle a renversé son café par ma faute, et elle s'est énervée contre moi. Et je n'arrivais pas à dire un seul mot, je l'ai juste regardé et puis je suis partit. J'ai marché jusqu'au bout de la rue, et je me suis arrêté. Et je me suis dit qu'il valait mieux que j'aille m'excuser, alors je suis repartit vers ce café. Mais en fait, j'avais surtout envie de la revoir, elle dégageait quelque chose qui m'attirait, sans savoir pourquoi. Tu me comprends ?
- Oui, je crois.
Je l'embrasse sur le front.
- Et je suis retourné à ce café, mais elle n'y était plus. Alors, je suis repartit, j'étais déçu, et j'ai marché jusqu'à l'endroit où je m'étais arrêté avant, elle m'attendait.
- Et qu'est ce qui s'est passé après ?
- Après, on s'est excusé. Je l'ai invité à prendre un autre café. Et puis nous nous sommes connus, et...
- Après vous étiez amoureux.
Je rigole.
- C'est un peu ça.
- Papa, tu crois que ça m'arrivera un jour ?
- Je l'espère mon c½ur.
Il y a un petit silence, j'attends sa question.
- Papa, c'était quoi la chose horrible qui t'es arrivé ?
Je le savais.
- C'est compliqué ma chérie, mais je t'ai dit que je te le raconterais alors je vais le faire. Quand j'étais plus jeune, j'avais un rêve : c'était de faire de la musique. J'aurais tout donné pour y arriver. Et c'est ce qui s'est passé, j'ai rencontré d'autres gens qui avaient le même rêve que moi. Nous sommes devenus des amis très liés, et nous partagions beaucoup de moments superbes. Un jour, un homme a réalisé notre rêve, et à partir de ce moment là, on a voyagé partout. On avait beaucoup de fans qui venaient nous voir dans nos concerts. Les trois premières années de succès étaient les meilleures. On s'émerveillait à chaque ville, et puis à chaque pays. Le public ne faisait qu'un avec nous. C'était magnifique.
Je m'arrête un petit instant le temps de retrouver des souvenirs, qui ne se sont pas enfuis très loin. Mes yeux me piquent dans cette chambre baignée d'une obscure luminosité.
*
- Puis, on a commencé à nous faire faire n'importe quoi, et on commençait à prendre goût à toutes les choses que cette aventure nous apportait. Il y avait l'argent. Bien sûr, c'était le meilleur. On en profitait. Et plus les années passaient, plus nous changions. Plus mes amis changeaient. Je les observait changer avec la drogue. Ils n'avaient plus rien à faire de notre rêve du début : la musique. Ils n'avaient plus rien à faire des fans qui les avaient aidés à avoir notre succès. Tout ce qu'il leur importait, c'était l'argent, l'argent et la drogue. Je me suis mis à détester ces personnes avec qui je vivais 24 heures sur 24. Ces personnes avec qui j'étais sur scène. Et le fait qu'on soit toujours ensemble les a détruit. J'aurais put tout arrêter, mais j'avais pitié des fans qui venaient encore à nos concerts, et j'avais pitié de ceux que je prenais pour mes amis avant. J'avais peur de leur faire mal en quittant cette aventure. Mais je me faisais mal en restant. Quand j'étais en public, tout allait pour le mieux, mais quand j'étais seul rien n'était pareil. J'ai préféré me détruire moi que les détruire eux. En voulant les préserver, je les ai détruits. Je ne sais pas si tu comprends tout ce que je dis...
- J'essaye, mais c'est dur. Pourquoi tu dis que tu les as détruits ?
- Tu ne voudrais pas me parler de ton rêve, celui du prénom que tu aimes tant ?
- Non. J'ai pas envie, il me fait peur ce rêve. Alors, pourquoi ?
- D'accord. Alors je te raconte. Dans le groupe dont je t'ai parlé il y avait un garçon qui s'appelait Bill. Il était chanteur.
- Oh ! S'exclame t-elle.
- Quoi ?
- Rien, rien, continue.
- Ce Bill était celui qui aimait le plus l'argent, et celui qui prenait le plus de la drogue. Tu comprends drogue ?
- Euh, je crois, c'est quelque chose de pas bien, c'est ça ?
- Oui, il y a des personnes à qui ça fait du bien, mais c'est mal, tu m'entends ?
- Oui, papa.
- Et bien, c'est horrible ce que je vais te dire, mais il est mort.
- Pourquoi ?
- Voilà ce que j'ai dit à ta mère. Je lui ai dit que j'avais quitté ce groupe, et que ça l'avait rendu très triste. Et qu'il était mort comme ça, mais ce n'est pas vrai.
- Alors c'est quoi la vraie histoire ?
- La vraie histoire, c'est que je n'ai pas eu le courage de quitter ce groupe. Et j'ai laissé faire mes anciens amis. Et ce chanteur, Bill, est mort. C'est la que j'ai réagit, j'ai fait guérir les autres personnes qui prenaient des choses mal. Tu as compris ?
- Oui.
- Tu sais je voulais pas te dire toutes ces choses qui peuvent faire peur, ce n'est pas ce qu'on doit dire à une petite fille de 6 ans qui doit dormir.
- Mais, tu sais ça ne me fait pas peur.
- Tu sais pourquoi je t'ai raconté cette histoire ?
- Euh... Je sais pas.
- Parce que je me suis promis que je ne te laisserais pas faire les mêmes erreurs que moi. Aujourd'hui, je porte la mort de Bill sur mes épaules. Et aujourd'hui ça fait dix ans qu'il est mort. Je n'arrête pas de me dire que si jamais j'avais agis autrement ça aurait put le sauver. Si j'avais quitté ce groupe plus tôt, il n'y aurait jamais eu toutes ces choses mal. Alors écoutes, si tu n'aimes pas les gens avec qui tu restes, quittes les. Avant que tu te mettes à faire les mêmes choses que ces personnes ou que ça les blesse. N'ai pas peur de ce qui pourrait se passer. Ne te gâches pas pour ces personnes, vie ta vie. Et loin des personnes que tu n'aimes pas. Tu as compris ?
- C'est dur à comprendre.
- Je sais, quand tu seras plus grande, tu comprendras.
- Et les autres personnes ? Tu les as revues ?
- Je les ai quittés pour toujours. Ces personnes m'ont trop déçues.
- D'accord.
- Allez, il faut dormir maintenant.
Je la borde, et essuie la seule et unique larme qui a coulé de mes yeux ce soir. J'embrasse mon petit ange, je sais que rien ne la perturbera dans ce que j'ai dit ce soir, parce que c'est ma fille, et qu'elle comprend. Elle est si innocente...
Alors que j'allais franchir la porte, j'entends sa petite voix m'appeler.
- Oui ?
- Je crois que je l'ai vu ce Bill papa. Dans mon rêve, il y avait un garçon par terre, il avait les cheveux noirs, et j'ai cru que c'était une fille. Dans mon rêve, tu lui as pris la main, il avait les yeux fermés. Et tu as murmuré son prénom « Bill », je crois que tu pleurais. Après, je me suis réveillé.
Ma bouche reste légèrement entrouverte. Je ne sais pas comment elle a put faire ce rêve. Pour moi ce n'est pas un rêve. C'est un de mes souvenirs. Elle m'a aidé à comprendre ce soir. Que je sois resté ou que je sois parti, la fin aurait été la même pour lui. Je ne l'ai pas aidé, je ne l'ai pas tué. Elle m'a fait comprendre, ce n'était pas de ma faute. Il devait mourir ce jour.
- Georg ? Tu viens ? Me cris Anna de la chambre.
- J'arrive...
Mais au lieu de faire ce que je viens de dire, je m'allonge à coté de ma fille et la prend dans mes bras. Je lui murmure que je l'aime elle me répond qu'elle aussi. Elle s'endort instantanément, sans me poser de questions. Je ferme les yeux et m'endort aussi. La nuit est peut-être partie pour me ramener dix ans en arrière, juste une dernière fois...
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*__w0uu .
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Petit OS en attendant le chapitre. ;) Désolé encore pour tout ce retard ! =S Je fais de mon mieux. U_U
Bisous à vous. <3
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